-
Par Elivia dans Textes courts le 12 Octobre 2009 à 11:36

Etranger c’est un conseil : passe ton chemin.
Tu n’es pas le bienvenu ici, toi qui est issu de cette méprisable race qui blesse et mutile la Terre, qui asservi et tue tout sur son passage.
Vous avez eu le reste de ce monde, alors je t’en conjure, laisse en paix cet endroit.
Retourne sur tes pas et oublie que tu es venu ici.
Mais si tu t’obstines dans ton désir de violer cette terre sacrée, alors prépare toi à essuyer mon courroux.
Je suis l’amante de la forêt, dont je garde farouchement les trésors.
Je suis la gardienne de l’âme de ces lieux, gardienne de la terre, des airs, des plantes, de tout ce qui t’entoure ici bas.
Je connais la fraicheur de l’ombre de chaque arbre, le murmure de chaque ruisseau, le chant de chaque oiseau de cette forêt.
Cet endroit et moi sommes liés, tout ce qui lui arrive m’arrive, tout ce qu’il ressent je le ressens aussi. Aussi en forçant ton passage c’est moi que tu violes.
Mais je vois que tu t’obstines, sourd à mes paroles.
Très bien étranger, tu as fais ce choix en ton âme et conscience.
Tu vas donc en subir les conséquences :
Ce pas qui a foulé le sol de ma forêt sera le dernier de tes pas foulant cette terre.
aucun commentaire
-
Par Elivia dans Sans titre le 24 Avril 2009 à 18:10
Cela faisait bien une demi-heure que l'homme cherchait la bonne maison. Il pesta. C'était toujours ça qui le gênait dans sa traque, et qui l'empêchait d'arriver à temps pour sauver des innocents. Comme si ces maudites visions qui l'avertissaient des crimes à venir faisaient exprès d'être trop imprécises pour lui permettre d'arriver au bon moment, lui laissant juste le regret d'être une fois de plus arrivé trop tard. « Dans ma prochaine vie je demanderai à avoir l'adresse en prime en plus des visions », maugréa-t-il pour lui-même.
Il était pourtant persuadé de n'être pas loin de l'endroit qu'il cherchait. Il le sentait. Peut-être était-ce encore un peu plus loin. Il dépassa en courant un pâté de maison puis s'immobilisa.
Oui, c'était bien là. Il pouvait la sentir.
L'odeur du sang, humain sans aucun doute.
Se fiant à son odorat, il se laissa guider vers une lourde porte de bois peinte en bleue. Il la poussa de la main, et elle s'ouvrit toute seule. Elle avait été forcée.
Sans faire de bruit, l'homme pénétra dans l'entrée et eu un moment d'hésitation: il y avait deux portes en face de lui. Il venait de décider de visiter tout l'appartement quand un bruit juste au dessus de sa tête l'alerta. La créature était à l'étage. Ouvrant une porte au hasard, il remercia la chance en apercevant face à lui un escalier. Il se précipita même s'il savait qu'il était trop tard pour les habitants de cet endroit. L'odeur de sang qui l'avait guidé jusqu'ici était à elle seule significative. Mais il était toujours possible d'éliminer cette saleté de vampire.
Une fois arrivé en haut, l'odeur du sang le pris violemment à la gorge, et il s'arrêta une fraction de seconde, écœuré. Pour que l'odeur soit si forte, ça avait du être un vrai massacre, une effusion d'hémoglobines. Et tout récemment en plus, le sang était encore chaud. Sentant une rage froide monter en lui, il suivit une nouvelle fois l'odeur et pénétra dans une nouvelle pièce. Elle était assez spacieuse, le salon probablement.
Ou du moins ce qu'il en restait. La pièce avait été dévastée. Les murs avaient été lacérés, les meubles réduits en miettes. Et un peu partout, des taches sombres facilement identifiables avaient éclaboussé le décors.
« Merde », jura l'homme entre ses dents. Ce vampire n'était pas un tendre. Certains étaient beaucoup plus raffinés et dissimulaient les traces de leur passage. Certains corps qu'il retrouvait avaient presque l'air de dormir, mis à part les traces de morsure sur leur corps, ce qui était moins pénible à regarder.
Ce n'était pas le cas ici, pas du tout. Il avait les corps en face de lui, et il était évident qu'ils avaient souffert avant de mourir. Il y en avait deux exactement. Enfin non, pas exactement. Parce qu'il manquait de façon claire quelque chose à ces deux corps. Leur tête, à dire vrai.
Les deux corps qui gisaient sans vie au centre de la pièce avaient eu la tête arrachée, sans compter d'autres lacérations éparses. Mais même sans tête on reconnaissait avoir affaire à une femme et à un enfant en bas âge. Deux victimes vulnérables. Surtout le petit enfant.
L'homme grimaça de dégout. Quelle horrible raclure! Il allait prendre plaisir à tuer cet ignoble vampire et il allait faire ça en prenant son temps cette fois.
Mais il fallait d'abord qu'il se montre. L'homme savait qu'il était encore là. Il sentait sa présence, et de plus il était certain d'avoir interrompu le festin de la créature par son arrivée impromptue. Les corps étaient encore gorgés de sang non consommé.
Gageant qu'il avait ce soir affaire à un vampire dénué de toute subtilité étant donné ce qu'il avait sous les yeux, il décida de le faire réagir à la provocation.
-Hé toi! Je sais que tu es là. Permets-moi de te dire deux-trois petites choses. Tout d'abord à propos de ta méthode. Ton but et d'avoir le plus de sang possible non? Dans ce cas il va falloir que tu apprennes à procéder autrement: c'est quoi ce travail ni fait ni à faire? Regarde-ça, tu en as foutu partout! Même sur les murs. Déjà tu gâches la déco et en plus ça te fais moins de sang à consommer, réfléchis un peu. Ta maman ne t'as jamais appris que c'était mal de gaspiller? En plus quand tu restes caché comme ça alors qu'un homme vulnérable et sans défense comme moi te parles, tu perds du temps et le sang refroidi lentement dans les veines des corps que tu as bêtement laissés derrière toi. Et je te ferai remarquer un truc: c'est pas bon le sang froid.
Il allait encore continuer quand il sentit un frémissement dans son dos. Se retournant, il se retrouva face à face avec le vampire qui se tenait de lui à quelques mètres seulement. LA vampire, plus exactement. C'était une magnifique femelle (il répugnait à dire femme lorsqu'il s'agissait de vampires) aux cheveux d'un roux flamboyant. Apparemment elle avait été transformée très jeune, elle avait le visage d'une jeune fille de vingt ans tout au plus. Elle portait une longue robe blanche à l'étoffe légère, qui ne cachait pas grand chose de son corps qui semblait s'approcher de la perfection plastique. Les vampires avaient la fâcheuse tendance de ne choisir que les plus beaux humains pour les transformer, ce qui était un beau gâchis. La robe, à l'instar du reste de la pièce, était toute éclaboussée de sang, et elle en avait même sur le visage. Le regard de l'homme fut soudain attiré par quelque chose d'autre: elle tenait dans ses mains les têtes de ses victimes.
La jeune vampire le regarda en inclinant la tête sur le côté d'un air assuré, sûre de sa force, mais tout de même intriguée par cette proie si sûre d'elle-même. Elle entrouvrit la bouche d'un air obscène afin de lécher le sang sur ses lèvres, dévoilant ses longues canines acérées comme des lames.
-Bonsoir, fit-elle d'une voix légèrement cassée extrêmement attirante. Quel plaisir de rencontrer un si bel homme sur les lieux de mon repas. Vous êtes venu participer à la fête?
Faisant un pas en avant, elle continua:
-Mais vous restez muet. Que se passe-t-il pour qu'un homme apparemment si bavard se retrouve tout d'un coup sans voix? Vous avez peur? demanda-t-elle d'un air malicieux.
-A vrai dire pas du tout. Mais je reste muet de déception, parce que vous venez de faire voler en éclat mes illusions sur les femmes. Je les prenais pour de jolies créatures gracieuses et délicates, et voilà que je découvre qu'elles peuvent être vraiment dégoutantes elles aussi, j'irai même à user du mot crades au point de faire gicler leur nourriture sur les murs et leurs vêtements. A cause de vous je ne verrai plus jamais les femmes du même œil. Dieu que je suis déçu.
Ce n'était assurément pas la réaction à laquelle s'attendait la vampire. Vexée par cette provocation supplémentaire, elle lâcha les têtes qu'elle tenait et prit une posture qu'elle voulait menaçante.
-Comment oses-tu me parler de la sorte? Tu devrais être terrifié! N'as-tu pas vu ce que j'ai fait à ces gens ici? Tu devrais avoir une idée de ma force.
La femelle avait changé de registre, parlant d'une manière plus nerveuse. L'assurance de l'homme la déstabilisait au point qu'elle en oubliait même d'attaquer.
De son côté l'homme contemplait la créature. Oui, elle était vraiment jolie. Si jolie qu'il en regrettait presque d'avoir à lui arracher la tête et à la démembrer. Mais au diable les considérations esthétiques, ce n'était qu'une saleté de vampire, tueuse d'enfants, et de plus très loin d'être futée. Son seul atout était sa force brute, qu'il soupçonnait d'être assez récente. Cette vampire était très certainement un vampire nouveau-né, ce qui expliquait son évident manque de méthode.
Cela allait être rapide et facile, s'il restait suffisamment sur ses gardes.
La vampire fit brusquement un bond en avant, et il l'évita de justesse en se jetant sur le côté.
-Hé, tu passes de suite à l'acte? Tu es rapide, se moqua-t-il. J'aurais préféré qu'on se connaisse plus intimement, ce n'est pas mon genre de faire ça avec une inconnue. Quel est ton prénom?
Son but était de rendre son adversaire hors d'elle, afin qu'elle perde toute maitrise d'elle-même.
Ce qui semblait fonctionner. Feulant de rage, elle se jeta à nouveau sur lui, sans se rendre compte qu'il venait de dégainer son arme, une courte lame argentée avec laquelle il la frappa en plein dans le bas du ventre tout en esquivant ses griffes.
Le souffle coupé par cette douleur fulgurante et inattendue la vampire battit en retraite, contre le mur. Elle passa sa main sur sa plaie et sentit du sang qui s'en écoulait. Qu'importe. Elle sourit intérieurement. Cet imbécile ne savait certainement pas qu'elle cicatrisait au bout de quelques secondes. Il suffisait d'attendre un peu, et là... Il serait à elle.
Soudain, elle se rendit compte que quelque chose n'allait pas. La plaie ne se refermait pas! Le sang coulait toujours, et la souffrance ne se dissipait pas. Paniquée, elle regarda autour d'elle, comme si une explication allait surgir de nulle part.
L'homme ricana.
-Quelque chose ne va pas? On dirait qu'il y a un problème. Peut-être est-ce parce que tu ne guéris pas comme d'habitude? Ah lalala, ta mère ne t'as vraiment rien appris alors. Ne savais-tu pas que l'argent, comme celui qui constitue cette lame, annihile les pouvoirs surnaturels des vampires tout en les affaiblissant? Chaque plaie ou blessure infligée avec de l'argent est une plaie normale, que tu subis comme si tu était redevenue humaine. Ouh là, doucement!
La vampire était revenue à la charge et s'était à nouveau ruée sur lui. Mais la douleur qu'elle éprouvait rendait ses sens moins affutés et il pu l'éviter sans problème, tout en lui incisant une nouvelle fois la chaire avec son poignard, au niveau des côtes cette fois.
La femelle cria de douleur. Elle sentait qu'elle n'aurait pas dû affronter cet homme étrange, et décida de prendre la fuite.
Elle s'élança vers la fenêtre en se fiant à sa vitesse pour être rapidement hors de portée de son adversaire. Mais une douleur fulgurante à la jambe lui arracha un nouveau cri, et elle tomba au sol.
L'homme avait lancé sa lame, et elle s'était fichée en plein dans son mollet. Se recroquevillant par terre, elle l'entendit s'approcher. Ses pas se rapprochèrent lentement. On aurait dit que l'homme prenait son temps, sûr de l'avoir réduite à sa merci.
Brusquement, elle se sentit empoignée par les épaules et se retrouva plaquée au sol, sur le dos. Elle pu voir l'homme qui, un genou sur sa poitrine, la maintenait au sol d'une main sur sa gorge et écartait les pans de son manteau de l'autre. Avec effroi elle vit qu'à sa ceinture pendaient de nombreuses lames, et même un revolver.
Il la saisit par les cheveux pour qu'elle le regarde. Ses yeux épouvantés croisèrent deux yeux d'un vert profond, dans lesquels brillaient une assurance et une détermination évidente ainsi que de la colère, avant qu'il ne lui déclare:
-Il y a longtemps que je pourchasse les tiens. Combien d'années, je ne le sais plus. Mais suffisamment pour que je puisse te dire ça. Même parmi les vampires, il se trouve peu de créatures assez répugnantes pour s'en prendre à des enfants. J'ai croisé de grands seigneurs vampires, qui avaient à leur actif un tableau de chasse bien plus impressionnant que le tien. Il y en avait qui faisaient trembler des contrées entières à la seule mention de leur nom. Mais eux-même répugnaient à s'en prendre aux enfants. S'en prendre à des adversaires, oui. Tuer des humains pour se nourrir, oui. Mais les enfants sont un tabou même pour vous. Alors tu vois, parmi ces créatures que j'exècre plus que tout et que je me suis juré d'exterminer, tu représentes le degré le plus ultime de monstruosité, et je suis ravi de t'éliminer de la surface de la terre. Sache que ça ne va pas être rapide, et que tu vas beaucoup souffrir. Tu ne vas pas aimer ça, crois-moi. Mais à mon avis la femme là-bas (il désigna de la tête le corps sans tête qui gisait à quelques mètres d'eux) n'a pas aimé non plus ce que tu as fait. Si il y a un au delà et que tu l'y retrouves tu pourras lui dire que vous êtes quittes comme ça.
Sa tirade terminée, il dénoua un foulard qu'il avait autour du cou et lui fourra dans la bouche.
Puis, saisissant un nouveau poignard, il lui étendit le bras et lui cloua la main gauche au sol avec.
La vampire poussa un hurlement déchirant étouffé par son bâillon.
L'ignorant, l'homme lui saisi l'autre main et lui fit la même chose, toujours sourd à ses hurlements.
Puis il lui saisit les jambes. Retirant la lame qu'il avait lancée sur elle précédemment, il la ré-enfonça dans son pied, le clouant à son tour au sol. Le pied suivant connu le même sort.
Elle était à présent clouée au sol par ses quatre membres, le corps agité de spasmes de douleur. Des larmes mêlées de sang s'écoulaient de ses yeux.
-Tu souffres? Tu n'as que ce que tu mérites. Et encore (et l'homme tenta de retenir un sourire), tu as de la chance de ne pas être un homme.
-Que penses-tu de mes lames? Poursuivit-il. Efficaces non? Mais tu n'as pas vu ma préférée.
Il enleva son manteau et révéla tout un harnachement d'armes partout sur son torse et dans son dos.
Glissant sa main derrière sa tête, il saisit une longue lame blanche qu'il tira lentement de son fourreau situé derrière son dos. La lame était beaucoup plus longue que celles qu'il avait utilisées auparavant.
-Je te présente Aphrodite. Elle te plait? J'espère que oui, parce qu'elle est très jalouse de ses petites sœurs. Je t'ai réservée la plus longue pour la fin, histoire de bien finir.
La vampire était sur le point de perdre connaissance, prisonnière dans un monde de souffrance et de peur mêlées.
Elle savait que c'était la fin. Mais avant cela, il fallait qu'elle pose une question. Elle ouvrit des yeux qui se voilaient déjà et fixa une dernière fois son bourreau:
-Qui es-tu?
L'homme la regarda avec un sourire presque doux.
-Qui je suis? Je suis Azhrael, celui qui verra votre fin à tous.
Et il abattit sa lame sur la vampire.
aucun commentaire
-
Par Elivia dans Sans titre le 24 Avril 2009 à 18:08
Il existe des créatures différentes de nous
et qui pourtant ont notre apparence,
à quelques détails près.
Des créatures malfaisantes, enfants de la nuit.
Ces démons ne peuvent vivre qu'en tuant nos semblables et en s'abreuvant de leur sang.
La plupart d'entre eux, en plus d'être presque invulnérables et d'avoir une longévité incroyable,
sont de plus sadiques et cruels, et aiment le malheur qu'ils répandent autour d'eux.
Ce sont des nuisibles, les parasites de la terre, depuis la nuit des temps.
On leur a donné d'innombrables noms.
Celui qu'ils portent le plus souvent de nos jours est: Vampires.
Ma mission est de les exterminer.
1 commentaire
-
Quelques jours plus tard j'étais dans ma chambre, allongé sur mon lit et laissant aller mes pensées à leur gré. Enfin, pas tant à leur gré que ça. Laura me préoccupait ces derniers temps. Comme nous étions amis depuis longtemps et passions beaucoup de notre temps ensembles, nous passions pour un couple aux yeux de beaucoup de gens au lycée. Cette rumeur ne me préoccupait pas le moins du monde et je laissais courir, car je connaissais mes sentiments envers Laura et les savais dénués de toute ambigüité. Mais depuis quelques temps je me demandais s'il en était vraiment de même pour elle. Elle devenait de plus en plus possessive voir jalouse, tentait de passer encore plus de temps avec moi que de coutume et acquiesçait depuis peu à tout ce que je disais ou presque ce qui était suspect car malgré notre amitié nous avions souvent des idées contraires.
Il était tout à fait possible que cette rumeur lui soit monté à la tête et qu'elle se soit mise à considérer notre relation d'un autre œil, qu'elle ait à présent d'autres attentes. Malheureusement pour elle ce n'était pas du tout mon cas, et dans je cherchais à présent des façons d'éconduire Laura sans trop la blesser dans le cas où mon hypothèse serait bonne. Le problème est que Laura était fière, et peu habituée à l'échec. C'était une fille vive, au fort tempérament et de plus très jolie. De taille moyenne, fine, elle avait de très beaux cheveux châtains coupés en un carré plongeant qui encadrait son visage aux traits fins. Elle plaisait en général pas mal aux garçons et je savais que parmi ceux qui constituaient notre « bande », il y avait au moins Damien et Théo qui avaient un sérieux faible pour elle. Raison de plus de lui ouvrir les yeux sur mes sentiments plus que platoniques: je les aimais bien et souhaitais qu'ils aient leur chance.
Mais je me trompais peut-être et le changement dans son comportement avait peut-être une toute autre raison. Cela m'aurait beaucoup arrangé. Ce n'était pas que j'avais des sentiments particuliers pour une autre fille, mais je tenais à conserver une certaine tranquillité d'esprit et une histoire sentimentale avec Laura ne m'aurais amené, j'en étais plus que sûr, aucune tranquillité d'esprit. Aucune fille ne m'avais jamais particulièrement intéressée, mais je sentais que si j'avais été avec quelqu'un, ça aurait été avec une fille d'un tout autre tempérament, une fille beaucoup plus calme, silencieuse, douce.
Comme Blanche.
Malgré moi je sursautai. Son nom m'était brusquement revenu à l'esprit, alors que je ne pensais pas du tout à elle. Je me demandai pourquoi. Ces derniers temps j'avais pensé à tout autre chose et elle n'avait pas occupé mon esprit. Mais à présent me revenait en mémoire cette étrange impression qui m'avait submergé quand j'avais croisé son regard, et un sentiment de malaise confus s'empara de moi. M'avait-elle vraiment lancé une sorte d'appel au secours? Dans ce cas pourquoi à moi? Ou bien tous ses regards étaient-ils ainsi chargés de tristesse et de désespoir? Je me fis la réflexion que si c'était le cas, cela expliquait alors pourquoi tout le monde l'évitait comme j'avais pu le constater. Il n'était pas en effet facile de supporter une telle aura de désespoir constant. Mais tout de même, pourquoi cette évidente détresse? J'inversais peut-être cause et effet. Peut-être était-elle triste justement parce qu'elle était seule. Évité par tous comme elle l'était, n'aurais-je pas moi aussi été désespéré? C'était tout à fait possible.
Mon esprit était confus et s'emmêlait au milieu de questions et de suppositions en tout genre. Une seule chose était certaine: Blanche avait réintégré le cours de mes pensées, et ne semblait pas cette fois vouloir en partir. Je tentai de m'occuper avec diverses occupations, commençai un livre, ouvris ma leçon de latin, écoutai de la musique... Mais rien n'y fit. Devant mes yeux dansait l'image du visage de Blanche et de ses grands yeux noirs.
Le soir venu je me couchai et tentai de m'endormir, espérant l'avoir oubliée le lendemain matin.
Mais en vain: elle vint me visiter la nuit même. Mes songes me présentèrent une Blanche effrayée qui courait à perdre haleine, fuyant quelque menace que je n'arrivais pas à apercevoir. Elle courait, courait, vêtue d'une robe blanche dont le tissus volait derrière elle dans sa course, puis chutait, se relevait et recommençait à courir. Son souffle se faisait haletant et la menace se rapprochait sensiblement d'elle, je pouvais le sentir. Soudain une forme noire que je ne pus identifier fondit sur elle, et tout sombra dans le noir, tandis que résonnait son cri déchirant dans l'obscurité.
Je me réveillai brusquement, haletant et en sueur, sans comprendre la signification de ce cauchemar.
Après quelques instant je sombrai à nouveau dans le sommeil, un sommeil profond et sans rêve.
Lorsque ce fut lundi, je me rendis avec appréhension au lycée. J'avais peur à présent de revoir cette fille et son regard obsédant. Je marchais la tête baissée et à pas rapide quand j'entendis une voix familière héler mon nom:
-Tristan!
Je me retournai et aperçu Laura qui arrivait à grands pas vers moi, le sourire aux lèvres. Dans mon soulagement de retrouver un de mes repères, je la pris dans mes bras et la serrai contre moi. Surprise, elle se raidit, puis brusquement me serra à son tour contre elle. Je réalisai soudain mon geste et me maudis, me rappelant le fait que tout ceci pouvant avoir une toute autre signification pour elle. Doucement je l'écartais de moi et lui souris de la manière la plus amicale possible.
-Salut Laura! Content de te voir.
Légèrement empourprée, elle baissa les yeux avant de répondre:
-Moi aussi je suis contente de te voir, fit-elle d'une voix dangereusement douce.
J'étais assez sous le choc de la bêtise de mon geste, surtout qu'il semblait effectivement avoir eu une certaine portée: je n'avais jamais vu Laura rougir ou baisser les yeux auparavant. Je tentais d'embrayer sur un sujet bateau, histoire d'éloigner cette tension gênante qui commençait à naître.
-Tu as passé un bon week-end?
-Oui, fit-elle, quoiqu'un peu trop long à mon goût.
Je fis mine d'ignorer la fin de sa remarque, et continuais sur ma lancée:
-Comment vont tes parents?
Laura me regarda à ce moment là d'un air intrigué. Effectivement, je n'avais pas vraiment l'habitude de poser ce genre de questions. Mais elle ne m'en fit pas la remarque et eu la gentillesse de se montrer coopérative.
-Ils vont bien merci. Enfin, je parle de leur santé. Sinon, ils se disputent de plus en plus. Ça ne m'étonnerait pas trop si tout ça se soldait par un divorce.
J'avais totalement oublié les problèmes de couple de ses parents. Je fus pris de compassion, surtout après avoir aperçu la lassitude dans ses yeux bien qu'elle ait tenté de la dissimuler.
-Oh c'est vrai, je suis désolé. Ce n'est pas trop dur?
-Pour moi ça va... Mais je m'inquiète un peu pour ma petite sœur. Elle est plus jeune. Ça doit être difficile pour elle toutes ces disputes.
-Ne fais pas semblant, pour toi aussi c'est dur, je le sais. Si tu veux en parler, n'oublie pas que je suis là surtout.
-Oui je sais, ne t'inquiète pas.
Elle me sourit doucement.
-Tu as toujours été là pour moi dans les moments difficiles.
Toujours était un bien grand mot. Mais je l'avais effectivement soutenu à plusieurs moment dans des passes difficiles. La mort de son grand-père, l'année de chômage de son père, et aussi, même si ce n'était pas tout à fait comparable, la mort de son chat Snowball. De toute manière, Laura ne se laissait jamais aller à l'abattement très longtemps. Ce n'était pas dans sa nature.
Tout comme il n'était pas dans sa nature de se montrer douce comme ça. Il allait falloir que je mette rapidement les choses au point si je ne voulais pas qu'elle se fasse trop d'espoirs. Mais ce n'était pas le moment.
-Tiens tu as vu? Marine arrive, déclara Laura, me coupant dans mes réflexions. Je l'aime bien, mais qu'est-ce qu'elle s'habille mal! Un dirait qu'elle porte un sac à poireaux. Mon dieu que c'est moche!
Je souris intérieurement. Voilà la Laura que je connaissais.
Marine ne tarda pas à arriver à notre hauteur, apparemment essoufflée.
-Bonjour, fit-elle en adressant un sourire radieux à Laura. Je suis désolée, j'ai failli être en retard. Mais il y a eu un problème sur la route, un accident je crois. Au fait, vous savez quoi? La fille là, la nouvelle, et ben je l'ai vue en venant, deux rues avant. Elle était entourée par trois garçons, ils avaient l'air de l'asticoter un peu. En tout cas elle n'avait pas l'air à l'aise du tout. A mon avis elle s'est fourrée dans des ennuis, ça ne m'étonnerait pas beaucoup. Mais je ne suis pas allée l'aider, parce que j'avais trop peur, je n'ai aucune force et ces garçons avaient assez mauvais genre.
-Tu m'étonnes, ricana Laura. A mon avis elle traine avec la racaille. Au fait Marine, j'adore ta robe.
En entendant Marine parler, je m'étais figé sur place. J'avais tout de suite compris que la nouvelle dont elle parlait était Blanche. Toutes les questions que je me posais sur son compte affluèrent à nouveau à mon esprit, et une sensation de vertige s'empara de moi. Allait-elle me hanter à présent, comme un fantôme, occupant perpétuellement mes pensées? Je tentais de me reprendre. J'étais ridicule. A cause d'un regard échangé quelques secondes, j'étais en train de me monter la tête tout seul à propos de cette pauvre fille qui n'avait rien demandé à personne. Repensant aux paroles de Laura, je me demandais si elle était vraiment de mauvaise fréquentation, et surtout m'étonnais de l'antipathie de Laura à son égard. Elle pouvait être sarcastique et mauvaise langue quelque fois, mais ne se forgeait jamais d'habitudes d'opinions préconçues de ce genre sur les personnes qu'elle ne connaissait pas.
Puis tout d'un coup une des paroles de Marine à laquelle je n'avais pas fait attention en premier lieu me revint à l'esprit: les garçons « l'asticotaient », et elle semblait « mal à l'aise ». Il était évident qu'elle était en mauvaise posture, qu'elle avait besoin d'aide. Cela ne m'avait pas frappé en premier lieu à cause du vocabulaire plein d'euphémismes qu'utilisait Marine, mais ça voulait dire la même chose.
Blanche avait besoin d'aide! Cette pensée me frappa de plein fouet et un sentiment d'urgence s'empara de moi. Il fallait que j'aille l'aider, il le fallait à tout prix. Si ça se trouve, mon rêve d'il y a quelques jours était prémonitoire, et il allait lui arriver quelque chose de grave.
Me précipitant vers Marine, je lui agrippai le bras:
-Marine, où est-ce que tu as vu Blanche et ces garçons? Dit-le moi s'il te plait c'est urgent!
Saisie par ma réaction inattendue, Marine se mit à balbutier:
-Hein? Mais.... de quoi....
-Blanche, la coupai-je, où est Blanche?
Comme la timide Marine, sous le choc, n'arrivait pas toujours pas à décrocher le moindre mot, j'insistai à nouveau et la secouai presque.
-Hé!
C'était Laura.
-Laisse-la tranquille, tu vas la faire pleurer. Mais qu'est-ce qui te prend, fit-elle en me jetant un drôle de regard. En quoi l'endroit où se trouve Blanche te regarde? Et d'ailleurs, pourquoi tu parles d'elle comme ça et pourquoi tu te soucies d'elle?
Mais malgré le regard glaçant de Laura je ne me calmai pas et restai tenaillé par cet étrange sentiment d'urgence, la gorge nouée à l'idée de savoir Blanche en danger.
-Elle est en danger j'en suis sûr! Ces garçons lui veulent du mal.
Marine ouvrit de grands yeux et se cacha la bouche avec les mains. Mais Laura n'était pas le moins du monde impressionnée par ma déclaration.
-Et alors, qu'est-ce que ça nous fait si elle a des problèmes, hein? C'est sa vie pas la nôtre. Et puis, fit-elle en me fixant d'un ait ironique, ce qu'elle peut faire ou ne pas faire ne concerne qu'elle, et tu n'as pas de commentaires à faire dessus. Je me trompe?
Elle venait de redire mot pour mot la phrase que je lui avait adressée quelques jours plus tôt à propos de Blanche, la première fois qu'elle m'en avait parlé.
-D'ailleurs, continua t'elle en regardant par dessus mon épaule, je crois que ton intuition n'est pas si exacte que ça. Elle est là, ta princesse en détresse, et elle va très bien. Arrête de te faire des films s'il te plaît, tu nous stresses pour rien.
L'ignorant, je fis volte face pour chercher Blanche du regard. Je ne mis pas longtemps à la repérer, toute en noir au milieu de la masse des élèves se pressant pour arriver à l'heure en cours. Comme à son habitude elle marchait en baissant la tête et sans la moindre expression sur son visage. Rien n'indiquait qu'elle venait de vivre la moindre expérience dangereuse, effectivement. Laura avait raison, je m'étais laissé emporter par mon imagination. Soulagé, je la suivi des yeux jusqu'à ce qu'elle pénètre dans le bâtiment. En passant devant moi elle dû sentir mon regard et leva la tête. Je fus à nouveau frappé par son regard, mais pour une toute autre raison que la dernière fois: il était totalement vide et dénué de vie. Ses yeux semblaient passer à travers moi sans me voir, comme si elle se trouvait ailleurs. Elle détourna la tête et continua sa marche, et les portes du lycée la dérobèrent à mes yeux.
-Hého Tristan, je te parle!
Tressaillant, je me retournai et me retrouvai face à une Laura fulminante. Notre échange de regards ne lui avait certainement pas échappé.
-Tu comptes aller en cours un jour, oui ou non? Parce qu'il est plus que temps je te ferais remarquer. Fais ce que tu veux, en tout cas moi j'y vais.
Joignant le geste à la parole, elle passa devant moi en me bousculant, talonnée par Marine qui me jeta un regard hésitant avant de la suivre.
Brusquement réveillé, je me rappelai de l'endroit où je me trouvais, et leur emboitai à mon tour le pas.
Le journée de cours se déroula rapidement, rythmée par les différents cours, sans aucun nouvel incident et sans que je décèle la moindre trace de Blanche à l'horizon. Je rentrai chez moi le soir et montai directement dans ma chambre afin de faire mes devoirs. J'en avais bien besoin, je les avais un peu trop laissé s'accumuler ces derniers temps. Je restai là à travailler jusqu'à ce que ma mère m'appelle pour le dîner. Je descendis rejoindre ma famille et les trouvai déjà tous assis à leurs places habituelles, mangeant leur soupe d'un air absent, les yeux rivés sur la télé. Ils regardaient les informations, dont j'avais apparemment manqué le début. Ma mère se tourna vers moi:
-Qu'est-ce que tu faisais? Tu travaillais? Si c'est le cas tu devais être très concentré, j'ai dû t'appeler trois fois avant que tu répondes.
Sans me laisser le temps de répondre, ma petite sœur Clémence s'adressa à moi à son tour:
-Tu as vu ce qui s'est passé aujourd'hui? Les journalistes disent qu'il y a encore eu un affrontement de gangs dans la ville.
-Ah oui, répondis-je, pas très intéressé.
-Et ça a été très violent cette fois, trois personnes sont restées sur le carreau. Apparemment il y en a deux qui sont dans un coma profond et il y a même un mort, sembla jubiler ma sœur.
-C'est horrible, toute cette délinquance juvénile, fit ma mère. J'ai l'impression qu'il y en a encore plus qu'avant. En plus ça s'est passé tout près de ton lycée. J'ai eu très peur pour toi quand j'ai appris ça. Oh Tristan rassure-moi, promets-moi que tu ne fais partie d'aucun gang de jeunes délinquants!
En entendant ça ma sœur se mis à ricaner:
-Tristan faire partie d'un gang! C'est trop drôle, s'étouffa-t'elle dans sa soupe.
Je ne me vexai pas de sa remarque. Quiconque me connaissait bien pouvais juger du fait que cette idée était totalement absurde. Elle avait raison d'en rire.
Mais ce n'était pas ce qui me préoccupait. Ce fait divers éveillait me renvoyait l'écho de quelque chose de confus que je n'arrivais pas à saisir. Il me semblait que j'aurais dû à ce moment là me rappeler de quelque chose. Peu importait, au pire cela me reviendrait plus tard. Me ré-intéressant à la conversation, je pu assister à la faible défense de ma mère face à ma sœur.
-Mais oui, on ne sait jamais. J'ai beau essayer de dialoguer avec vous, on dit que les parents sont les personnes qui connaissent le moins bien leurs enfants. Le lycée peut être un endroit dangereux, et je n'oublie pas que Tristan risque chaque jour d'être aspiré dans la spirale de la violence.
- « La spirale de la violence », la singea ma sœur. D'où est-ce que tu sors ces expressions ridicules? Tu as lu trop de magazines féminins. Mais tu as raison sur un point: tu ne connais vraiment pas ton fils. Sinon tu saurais qu'il est totalement exclu qu'il puisse faire partie d'un gang.
Le repas se termina en dialogue sur la délinquance juvénile entre ma sœur et ma mère, dont mon père autant que moi nous tînmes prudemment à distance. Une fois le diner fini et la table desservie,
je remontai dans ma chambre.
Ce n'est qu'une fois après avoir refermé la porte et m'être assis sur mon lit que tout d'un coup je compris ce qui aurait dû me frapper dès le départ dans les paroles de ma sœur et de ma mère. « Affrontement », « trois personnes », « près du lycée ».
Je repensai aux paroles de Marine: « La fille là, la nouvelle, et ben je l'ai vue en venant, deux rues avant. Elle était entourée par trois garçons, ils avaient l'air de l'asticoter un peu. »
Il y avait une concordance trop frappante pour que ce soit deux choses différentes. Ces trois garçons retrouvés à terre près du lycée étaient certainement ceux qui ennuyaient Blanche sur le chemin du lycée.
Mais comment était on passé d'une situation où Blanche avait des ennuis à une situation où ces trois inconnus devenaient à leur tour des victimes, victimes plus que mal en point d'ailleurs?
Elle ne pouvait pas s'être défendue toute seule et avoir fait cela elle-même, c'était impensable. Elle avait l'air bien trop frêle.
Après avoir un réfléchi, je me rappelais que la presse avait parlé d'un affrontement de gangs. Soudain, tout me sembla clair. Blanche était en train de se faire agresser quand un autre gang était arrivé, un gang plus nombreux probablement. En voyant les trois individus s'en prendre à une fille sans défense, ils étaient intervenue pour l'aider et avaient donné une correction inoubliable à ses agresseurs. Voilà qui collait. Et cela expliquait aussi le regard vide de Blanche: elle était en état de choc à ce moment là. Qui sait ce qu'elle avait pu voir si elle était présente lors de l'affrontement?
Je regrettais juste une chose: ne pas avoir pu l'aider moi-même. Mais bon, je me serais certainement fait tabasser si je l'avais aidé seul.
Rassuré d'avoir trouvé une explication logique, j'allais m'endormir quand soudain une autre question survint dans mon esprit: et cet autre gang alors, où était-il? Comment se faisait-il que personne ne les ait vu? Comment avaient ils disparu juste après l'agression?
Il y avait bien sûr une explication logique, mais ne pas la connaître me laissa une impression de malaise au moment où je sombrai pour de bon dans le sommeil.
1 commentaire
-
-Et-toi, qu'est-ce que tu en penses?La question voleta jusqu'à moi et je n'y fit tout d'abord pas attention, jusqu'à ce que le silence un peu froid qui suivit m'indique qu'elle m'était destinée. Émergeant brutalement de mes pensées, j'essayai de me rappeler sur quoi portait la conversation au moment où je m'étais « déconnecté ». En vain.
-Euh excuse-moi Laura, je n'ai pas suivi, dis-je d'un air piteux.
Poussant un soupir exaspéré et levant les yeux au ciel, mon amie me répondit tout de même.
-On parlait de la nouvelle. Blanche. Tu ne trouves pas qu'elle est bizarre, toi aussi? Sérieusement, moi elle me fait flipper.
Je coulais un regard vers le côté du réfectoire où mangeait chaque jour ladite Blanche. Comme à l'accoutumée, elle était seule et mangeait d'un air absent, totalement impassible, comme si elle s'était trouvée dans un pièce vide et non dans un réfectoire bondé rempli de centaines de personnes. Mis à part cette particularité qu'elle avait de ne jamais parler avec personne, je ne l'avais jamais trouvée étrange. Il faut dire que je ne m'étais jamais non plus posé la question.
-Bah non, ça va. C'est un peu bizarre qu'elle soit tout le temps toute seule mais sinon, je ne vois pas.
-Justement, ce n'est pas normal, tu ne trouves pas? Même le pire des looser finit par se trouver un ami dans ce bahut, tellement on est nombreux. Comment ça se fait que ce ne soit pas son cas? Ça veut dire qu'elle veut rester seule, et ça ce n'est pas normal.
Fixant un point en face de moi, je m'efforçais de ne rien répondre. Laura avait sa propre conception des rapports humains à laquelle il ne fallait jamais rien redire. Et parmi ses grandes convictions, l'être humain était fait pour vivre avec d'autres et dépendait des autres. Elle avait calqué ce modèle sur son propre fonctionnement, et ne pouvait pas envisager le fait que tout le monde ne pense pas comme elle.
-Et puis même si elle ne le veut pas, reprit mon amie, pourquoi est-ce que personne ne va s'asseoir avec elle, juste le temps de manger? Regarde, le réfectoire est complètement plein et il y en a même qui attendent debout que des tables se libèrent et ils ne vont pas s'asseoir à sa table. Elle est quand même toute seule à une table pour six personnes. Et c'est la seule dans toute la pièce dans ce cas, tout le monde est entassé sur les autres tables. Moi je dis qu'elle fait peur à tout le monde, c'est aussi simple que ça.
Frappé par sa remarque, je regardais la salle avec attention. Effectivement, c'était complètement bondé, et elle était la seule assise à une table où il restait des places. C'était quand même un peu étrange. Reportant mon attention sur elle, j'essayai de voir ce qu'on pouvait lui trouver d'effrayant.
Mais je n'y parvins pas. Je ne lui trouvai aucun trait étrange, choquant, aucune anomalie. En réalité, elle était même plutôt jolie, avec son teint pâle et ses grands yeux noirs. De longs cheveux sombres encadraient son visage et le dissimulaient en partie, comme si elle souhaitait se cacher. D'elle se dégageait plus une douce aura de tristesse et de fragilité que quoi que ce soit d'hostile ou effrayant.
Pourtant, on aurait effectivement dit que les autres souhaitaient l'éviter. Et même les gens assis aux tables autour d'elle et ceux passant devant elle évitaient de poser leurs yeux sur elle. Une sorte de sentiment de malaise diffus semblait l'entourer.-Et puis regarde ses habits, reprit Laura, mes coupant dans mes réflexions. Elle porte tout le temps
des trucs trop grands et même des habits de mec. Franchement on dirait qu'elle cache son corps. Peut-être qu'elle fait partie d'une secte bizarre où on doit se dissimuler, un truc dans le genre. Et je ne sais pas si tu as remarqué, mais elle ne porte que des manches longues. A mon avis, elle s'auto-mutile.
Marine, une petite blonde aux cheveux courts et à la tête de rongeur qui suivait Laura à la trace depuis la nouvelle rentrée, et Damien, un grand brun dégingandé qui faisait l'option latin avec moi, hochèrent la tête.
-Oui, tu as sûrement raison, opina Miss Souricette. En plus j'ai entendu un gars l'autre jour qui disait des trucs sur elle. Il paraît qu'elle vit toute seule dans une grande maison, et qu'elle parle aux esprits.
Même si il y avait peut-être un peu de vrai à la base de ces absurdités, les réflexions de Laura et de son hamster de compagnie commençaient à m'énerver. Je commençais même à ressentir un peu de sympathie pour cette fille à propos de laquelle on médisait tant apparemment.
- Pas de conclusions hâtives Laura, fis-je, ne va pas te faire des films juste parce que son style vestimentaire ne te revient pas. Et de plus, ce qu'elle peut faire ou ne pas faire ne concerne qu'elle, et tu n'as pas de commentaires à faire dessus. Quant à toi Marine, ne va pas écouter ces racontars stupides qui circulent dans le lycée. Si tout était vrai, Mr Laval serait un transexuel, Juliette Hurieux aurait avorté au moins six fois et les steaks qu'on mange au réfectoire seraient fait à partir de lombrics géants importés d'Afrique. Donc je ne sais pas pour vous, mais je pense que tout ça ne vaut même pas la peine d'être écouté, et ça concerne aussi ce qu'on dit à propos de cette Blanche.
Marine s'empourpra sur le champ et piqua du nez dans son assiette, soudain fascinée par ses carottes vichy.
Laura leva un sourcil et fit une sorte de grimace, visiblement offusquée. Elle n'attendait pas ce genre de remarque de ma part:
-Très bien. Dans ce cas n'en parlons plus. Au fait, est-ce que tu penses avoir réussi la dernière interrogation de monsieur Durieux? J'ai trouvé ses deux dernières questions super vaches.
Je lui répondis et les autres embrayèrent sur le même sujet, et c'est ainsi que la discussion se détourna de Blanche.
C'était toujours ainsi le midi. La petite bande d'amis que l'on formait se retrouvait à une table et parlait de tout et de rien, et Laura avait le travers d'alimenter tous les ragots qui circulaient. Je l'aimais beaucoup, mais force m'étais d'admettre qu'elle pouvait être une vraie langue de vipère.
Marine était beaucoup plus douce et réservée, mais son admiration sans bornes pour Laura l'incitait à sans cesse aller dans son sens, ce qui avait tendance à un peu trop flatter l'ego déjà bien développé de mon amie. Quant aux autres, ils se fichaient plus ou moins de ce qu'on pouvait dire ou ne pas dire, mais acquiesçaient plus ou moins afin de ne pas risquer de conflits. J'étais le seul à parfois la remettre à sa place, car le seul à pouvoir vraiment lui tenir tête. Laura tenait compte de mon avis et savait reconnaître ses tords face à moi.
La discussion avait dévié jusqu'aux femmes chinoises qui se faisaient rallonger les jambes grâce à la chirurgie pour avoir plus de chances de se faire embaucher lorsque arriva le moment de retourner en cours. Nous débarrassâmes nos plateaux et commençâmes à nous diriger vers nos locaux, quand, en me retournant pour vérifier que je n'avais rien oublié, mon regard fut attiré vers la fille dont parlait Laura un peu plus tôt, la fameuse Blanche. Elle n'avait toujours pas bougé et était assise dans la même position que tout à l'heure. Soudain, elle leva la tête, et nos regards se croisèrent.
Je ne sais ce qu'elle lu dans mes yeux, mais je fus saisi par ce que je vis dans les siens. Il me serait difficile de dire ce que je m'attendais à y lire, mais certainement pas ce mélange d'angoisse et de tristesse, mêlé à ce qui ressemblait à de l'étonnement et à une obscure supplication. Pendant l'espace d'un instant le monde autour de moi s'effaça, et je ne vis plus que ces grands yeux noirs qui semblaient m'appeler à l'aide. Je me sentais happé par ce désespoir muet comme dans un monde obscur, et étais au bord de basculer quand brusquement elle détourna son regard, mettant fin à l'illusion. Elle n'était plus qu'une fille assise seule à une table vide.
Tout ceci n'avait dû durer que quelques secondes tout au plus. Un peu secoué par ce flots d'émotions inattendues, je me reprochai un excès d'imagination et rejoignis d'un pas vif mes camarades qui ne s'étaient pas rendus compte que j'étais à la traîne. Le prochain cours était un cours d'histoire, et il était fort probable que la professeur nous fasse une interrogation surprise car nous avions abordé un nouveau chapitre cette semaine. Je tentai de me rappeler des informations principale et chassait de mon esprit distractions, préoccupations, frustrations, fille étrange, en bref tout ce qui ne ressemblait pas de près ou de loin au régime totalitaire de l'URSS. Lorsque la porte de la salle se referma sur nous et que mes prédictions se trouvèrent réalisées, Blanche était loin, bien loin de mon esprit.
1 commentaire
Suivre le flux RSS des articles
Suivre le flux RSS des commentaires



